Se lancer le défi de partir de nuit, sans préparation et sur un coup de tête sur les traces des étoiles filantes dans le seul pays qui éclaire ses autoroutes toute la nuit, c’est s’assurer d’aller au devant de plusieurs problèmes.

Ce mardi 12 août 2015 était en effet la fameuse nuit des perséides qui à lieu chaque année à la même période. Tous les fans d’astronomie imploraient le ciel de ne pas être couvert cette nuit et -à la belge- le ciel à répondu en faisant un compromis. Nous sommes donc parti à l’aventure (il faisait déjà nuit) vers un lieu propice pour tirer le portrait aux morceaux de comètes venues faire du rentre dedans à notre atmosphère avec pleins d’idées mais sans la moindre préparation de notre micro road-trip.

Les problèmes

Première conséquence de l’improvisation, mes trepieds sont de l’autre côté de Bruxelles, à mon bureau. Je n’ai avec moi qu’un Gorillapod. Ma fidèle voiture sera donc ma base de travail. Je le sais d’avance, ça va limiter mes choix mais tan pis.

Shooting Stars-2

5D Mark III , 16 mm f2.8, 30'' à 1600 ISO

Je n’ai pas fait beaucoup de photos de ciel de nuit mais je sais déjà que le problème majeur sera la pollution lumineuse… Hors j’ai beau sortir des routes principales je n’arrive pas à trouver un “spot” qui nous épargne l’orange atroce des rues de nos villes. C’est vrai que le “BW” est une région plutôt dense point de vue surface habitée. Sur cette photo, je montre de manière évidente la problématique de la ville pour la photo de nuit. (un vélo est passé dans le champ).
De base pour la photo de nuit, c’est forcément la longue pose qui est obligatoire. J’ai avec moi mon 5D Mark III, un 16-35 f2.8, un 24mm f1.4, un gorrilapod donc et une lampe frontale. Je commence toujours par faire différents tests sachant que le réglage type se situe aux alentours des 30″ à ISO 1600 voir 3200. Et pour l’ouverture, plus tu ouvres (donc plus le chiffe “f” est bas pour les moins expérimentés) plus tu obtiendras de lumière et donc de belles étoiles mais tu limitera les possibilités d’ensemble net si tu cherches à jouer avec un premier plan.
Après quelques tentatives sur le 1er lieu auquel nous nous sommes arrêtés ( Braine-l’Alleud ), on décide de s’éloigner encore plus et de prendre des routes secondaire voir franchement d’un autre âge.

Et là forcément, ce pose l’autre problème de l’improvisation… Le repérage! Savoir où on ne doit pas être ne nous aide pas pour savoir où aller précisément (surtout qu’il fait nuit noir paradoxalement). Finalement on laisse notre bonne étoile (oui c’était facile) nous guider et on commence à s’enfoncer dans les petits chemins une fois sorti de Braine-l’Alleud.

Jouer avec les contraintes

Shooting Stars-6

5D Mark III , 24 mm f2.8, 30'' à 1600 ISO

Mon acolyte qui, un peu inquiète par la route de plus en plus rock and roll, scrute sur son iphone pour savoir si cette route mène quelque part.

On commence par emprunter des petites routes pavées puis des chemins de terre pour se retrouver sur une “piste” entre 2 champs. Je précise que je n’ai qu’une petite Polo et la belle commence à montrer ses limites de citadine (elle et moi on est fiers d’être des Bruxellois. Une vache dans un pré, on se sent déjà en vacances). Evidement la 3G montre ses limites et on est un peu livrés à nous-même.

Preuve de signe de vie, on tombe pratiquement nez à nez avec une moissonneuse batteuse qui profite de la nuit pour récolter du blé. Beau spectacle, un peu flippant mais surtout on s’éloigne de notre objectif…

Shooting Stars V2-1

5D Mark III , 24 mm f2.8, 30'' à 1600 ISO

Le ballet des machines pour récolter le blé.

Finalement nous trouvons un beau spot, mais impossible de se défaire des lumières de l’éclairage publique. Le Ring de Bruxelles qui est maintenant à plusieurs kilomètres de nous crache encore son jaune-orange crapuleux. Alors plutôt que de désespérer et de rentrer bredouille, nous décidons de jouer avec cette limitation et de s’en servir créativement.
A défaut d’avoir préparé cette virée, je connais mon matériel et je sais jusqu’où je peux pousser mes réglages pour récupérer quelque chose en post-traitement. Je fais donc quelques clichés des étoiles avec différents cadres. Très difficile de cadrer dans le noir et ma lampe frontale n’est pas d’un très grand secours. Faire le point aussi est une plaie. On en oublie pas aussi d’admirer le ciel entre plusieurs photos.

5D Mark III , 16 et 24 mm f2.8, 15 et 30'' à 1600 ISO

Se remettre en questions

Après un retour un peu sinueux et une nuit de sommeil, l’heure est aux retouches et à l’introspection. Je n’ai pas regardé mes images le soir même. Certes nous avons vu quelques étoiles filantes mais je n’en avais pris aucunes en photos, du moins c’est que je croyais.

Une fois les photos importées dans Lightroom, dès les premières retouches j’ai constaté l’ampleur de mon manque de préparation et de mon inexpérience dans ce domaine. Mes réglages photos étaient tous bon mais j’ai eu beaucoup de mal à gérer le point et à maintenir un appareil impeccablement stable (un gorrilapod n’est pas un vrai trépied). Un trigger aurait été bien plus utile que dans le tiroir de mon bureau…
Mais dans l’ensemble j’ai su tirer profit de cette lumière dont je ne voulais pas.

Capture d’écran 2015-08-13 à 19.23.51

Comparaison avant-après avec retouches lightroom

Comme on peut le voir sur cette image, la grosse surprise c’est l’étoile filante qui se cachait dans la voilure jaunâtre de la ville. Petite danse de la victoire dans mon coworking! Ce n’est pas évident à s’imaginer au regard de la photo brute mais il faisait bien nuit noire, tout est cadré à l’aide de ma lampe frontale. Toute la lumière, ce n’est pas un couché de soleil (il était environ 23h) mais bien la pollution lumineuse de la ville et du Ring de Bruxelles. Cette image démontre une fois de plus toute l’importance de travailler en RAW et non en JPEG pour autant que l’on souhaite retravailler ses images.
Les autres clichés offrent aussi de belles surprises mais aussi quelques frustrations comme ce manque ponctuel de point.

Conclusions: vu les conditions improvisées de la balade, difficile sans un vrai coup de chance de tomber sur le lieux parfait pour ce type de photos (pour autant que ce soit possible dans un rayon acceptable de Bruxelles). Le facteur chance quand à lui est important pour prendre la photo au bon moment pour saisir quelque chose d’aussi furtif que des étoiles ou des éclairs. Je ne regrette pas du tout ce trip, en plus d’une chouette petite expérience en duo, c’est ce genre de projet qui me fait évoluer dans mon approche du travail de la photo. Être bien préparé est extrêmement important et un bon matériel est clairement un atout pour ce genre de projets. Ce n’est pas indispensable non plus, au final un reflex d’entrée de gamme aurait fait l’affaire.
Mais laisser de la place à l’improvisation dans la photographie et de saisir des opportunités reste vital. Dès que la photographie devient plus qu’une passion, on en oublie parfois un peu le coté spontané et agréable de faire des photos, comme ça, sur un coup de tête car il y a une bonne occasion à saisir.